Colin Bourdias - L’humour comme antidote à l’absurdité

Publié le 28 février 2026 à 21:18

Avec Ocytocine, Colin Boudrias propose un spectacle qui dépasse largement la simple accumulation de gags. Derrière l’humour cru et assumé, il y a une réflexion cohérente sur le plaisir, la parentalité, la science et l’angoisse d’époque. C’est un show dense, structuré, qui avance avec méthode — et qui réussit à faire rire sans sacrifier le fond.

Le point de départ peut sembler provocateur : parler d’orgasme, de conception et de malaise collectif face à la sexualité parentale. Mais très vite, le propos s’élargit. Bourdias interroge notre rapport au plaisir, à la naissance, et à ce qui donne du sens à une existence. L’« ocytocine », hormone de l’attachement, devient un fil conducteur symbolique : elle relie sexualité, accouchement, allaitement et amour parental. Sous l’humour, il y a une curiosité sincère pour les mécanismes biologiques et sociaux qui façonnent nos liens.

Le spectacle prend ensuite une tournure plus politique — sans jamais devenir pesant. Faire un enfant en 2024-2025, dans un monde traversé par les crises climatiques, économiques et identitaires, est présenté comme un acte à la fois courageux et paradoxal. Bourdias assume ses contradictions : lucide face au désordre du monde, mais enthousiaste à l’idée de transmettre la vie. Cette tension nourrit une grande partie du propos.

La coparentalité à trois qu’il raconte constitue l’axe central du spectacle. Sans voyeurisme, il décrit un modèle familial atypique, construit sur la confiance et la collaboration. Le récit du parcours — tentatives, insémination artisanale, examens médicaux, spermogramme — devient matière à comédie, mais aussi à réflexion sur la fragilité masculine et la pression liée à la fertilité. L’autodérision est constante, mais elle révèle une vulnérabilité réelle.

Le spectacle ose également aborder des angles rarement traités en humour grand public : les écarts statistiques dans la satisfaction sexuelle hétérosexuelle, le retard historique de la recherche sur l’anatomie féminine, le tabou des fausses couches, la charge mentale des mères, ou encore la pénurie de dons de sperme au Québec. Chaque thème est intégré à la narration, jamais plaqué. Bourdias ne cherche pas à donner des leçons ; il met en lumière des contradictions culturelles et laisse le public réfléchir.

La séquence autour de la grossesse, marquée par l’annonce de jumeaux puis la perte d’un embryon, apporte une profondeur inattendue. L’humoriste aborde le sujet avec délicatesse et souligne le silence social entourant ces épreuves. Ce moment agit comme pivot émotionnel du spectacle : on comprend que derrière l’ironie constante se trouve une expérience vécue, partagée, digérée.

Ocytocine se conclut sur une idée simple mais forte : avoir un enfant ne résout pas l’absurdité de l’existence, mais transforme notre regard sur elle. À travers les yeux d’un enfant, même un ciel chargé de fumée peut redevenir un spectacle. L’humour, ici, ne nie pas le chaos ; il permet de le traverser.

Bourdias réussit ainsi un équilibre rare : un spectacle très drôle, mais aussi très pensé. Efficace, rythmé, sans longueurs, il démontre qu’on peut traiter de sexualité, de famille et d’angoisse générationnelle avec intelligence sans tomber dans le prêche ou la complaisance.

Ocytocine n’est pas seulement un bon show d’humour. C’est un miroir contemporain, tenu avec lucidité — et suffisamment d’autodérision pour qu’on accepte de s’y reconnaître.


Sources — Spectacle Ocytocine, Colin Boudrias, représentation 2024-2025.

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