Une étude récente de l’Institut économique de Montréal (IEDM), réalisée en collaboration avec l’Archbridge Institute, met à mal une croyance bien ancrée au Québec : celle d’un modèle social plus équitable que celui des autres provinces. Selon cet indice de mobilité sociale, qui mesure la capacité des résidents à surpasser le niveau de vie de leurs parents, le Québec arrive… dernier au pays. L’Alberta, elle, se hisse au sommet du classement. Un résultat qui détonne dans un paysage politique où la redistribution de la richesse est souvent présentée comme gage de justice sociale.
L’étude distingue deux types d’obstacles à la mobilité : les obstacles naturels, liés à la pauvreté infantile, la stabilité familiale ou les investissements parentaux, et les obstacles artificiels, créés par l’intervention de l’État. Ces derniers incluent la réglementation du logement, les barrières professionnelles, la fiscalité, la qualité et le libre choix de l’éducation. L’IEDM note qu’aucune province n’obtient la note de passage : même l’Alberta, première du classement, ne récolte que 57 points sur 100. « Le rêve de mobilité ascendante est menacé partout au Canada », écrivent les auteurs Justin T. Callais, Vincent Geloso et Gabriel Giguère.
Le rapport pointe une corrélation directe entre la mobilité physique et la mobilité sociale : plus les individus peuvent se déplacer vers les régions où l’emploi et les logements sont accessibles, plus ils peuvent améliorer leur sort. Or, au Canada, le coût élevé du transport, la rareté du logement abordable et les barrières administratives entre provinces freinent ce mouvement. Les auteurs notent qu’un permis professionnel obtenu au Québec est souvent non reconnu ailleurs, et que les réglementations sur l’usage des terres ou le zonage résidentiel bloquent la fluidité du marché du logement. Cette rigidité, écrivent-ils, agit comme une « camisole de force » pour la société.
L’analyse de l’IEDM s’attarde également aux conséquences sociales des politiques publiques. Les obstacles naturels – comme la transmission d’inégalités héréditaires ou la difficulté d’accès à des services spécialisés pour les enfants issus de familles moins nanties – s’ajoutent à des barrières politiques : sur-réglementation, fiscalité dissuasive, manque de concurrence dans le transport ou l’éducation. L’Institut avance que ces mécanismes, souvent conçus pour réduire les inégalités, peuvent en réalité figer les positions sociales. « Les Canadiens s’attendent à ce que leurs efforts portent fruit ; les politiques gouvernementales ne devraient pas les en empêcher », résume l’économiste Vincent Geloso.
Sur le plan comparatif, la Colombie-Britannique suit l’Alberta de près et pourrait la dépasser si elle assouplissait ses règles de construction et de logement. Le Québec, lui, affiche un contraste frappant : son score pour les obstacles naturels est dans la moyenne, mais il chute drastiquement pour les obstacles artificiels. En clair, ce ne sont pas les conditions sociales de départ qui bloquent la mobilité, mais bien l’action — ou la suraction — de l’État. L’IEDM y voit un paradoxe : plus le système est étatisé, moins il permet à ses citoyens de progresser.
L’indice, qui s’appuie sur des données de 2018 à 2024, souligne qu’un environnement économique fluide, où le capital humain et financier circule librement, favorise la productivité et l’ascension sociale. En contrepartie, les provinces où les marchés du travail et du logement sont rigides enferment les individus dans des trajectoires fixes. Cette logique rappelle un principe économique fondamental : plus les ressources – humaines ou matérielles – peuvent se déplacer, plus la société devient prospère. À l’inverse, la lourdeur bureaucratique et la réglementation excessive freinent l’innovation, l’emploi et la mobilité intergénérationnelle.
Au-delà des chiffres, le rapport pose une question cruciale : voulons-nous une société qui égalise les résultats, ou une société qui maximise les chances ? Pour l’IEDM, la réponse passe par des réformes ciblées : alléger la fiscalité, libéraliser le logement, faciliter la reconnaissance des compétences entre provinces, et renforcer le libre choix en éducation. L’objectif n’est pas de démanteler la solidarité, mais de lui redonner un sens : offrir à chacun la possibilité de s’élever par l’effort et la responsabilité. En somme, une société où la mobilité sociale cesse d’être un rêve pour redevenir une promesse.
Sources — Institut économique de Montréal, Barriers to Social Mobility across Canada (Justin T. Callais, Vincent Geloso, Gabriel Giguère, octobre 2025). National Post, couverture du rapport (octobre 2025).
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