Tiff Macklem face à son dilemme : sacrifier l’économie ou la vérité des chiffres ?

Publié le 23 octobre 2025 à 21:14

La Banque du Canada s’apprête à annoncer sa prochaine décision de politique monétaire, et l’exercice s’annonce périlleux. Comme le souligne JOSfinance dans sa dernière analyse publiée sur YouTube, l’institution dirigée par Tiff Macklem se retrouve « prise entre l’arbre et l’écorce ». D’un côté, l’inflation repart à la hausse ; de l’autre, l’économie canadienne vacille.

Les données publiées cette semaine montrent une accélération de l’indice des prix à la consommation (IPC), passé de 1,9 % à 2,4 % en rythme annuel. Cette remontée s’explique surtout par la reprise des prix de l’énergie, qui ramène l’inflation globale au niveau de l’IPC excluant l’essence, autour de 2,5 %. Autrement dit, les progrès réalisés depuis des mois semblent s’être évaporés. « Malgré cela, la Banque du Canada a déjà introduit des baisses de taux directeur », rappelle JOSfinance.

Le problème, c’est que l’inflation dite fondamentale — c’est-à-dire l’évolution des prix hors alimentation et énergie — reste elle aussi au-dessus de la cible de 2 %. Selon les mesures suivies par la Banque du Canada, les indices IPC tronqué et IPC médian se stabilisent autour de 3 %, tandis que l’IPCOM, moins suivi, réaccélère. « C’est beaucoup trop élevé », constate l’analyste, ajoutant que les anticipations d’inflation des consommateurs se réancrent désormais autour de 4 %.

Dans le même temps, les ménages subissent le contrecoup de la hausse des prix. Interrogés sur les facteurs qui freinent leurs dépenses, ils évoquent d’abord « le prix élevé des biens et services », suivi de « l’incertitude économique » — nourrie par une guerre commerciale persistante entre le Canada et les États-Unis. Le marché du travail, lui, montre des signes d’essoufflement : la probabilité de perdre un emploi augmente, celle d’en trouver un diminue, et même les employés du secteur public se disent plus inquiets qu’à l’habitude.

« Oubliez la pénurie de main-d’œuvre, c’est derrière nous », tranche JOSfinance. Les entreprises, désormais, ne prévoient ni embauches massives ni croissance de leur personnel. Si les chiffres de septembre ont montré un sursaut de 60 000 emplois, la tendance reste fragile. Le taux de chômage, passé de 5 % à plus de 7 %, continue sa lente ascension.

Ce contexte économique pousse la Banque du Canada à un dilemme. En septembre, trois raisons avaient justifié la dernière baisse de taux : l’affaiblissement de l’économie, le relâchement du marché du travail et la baisse des pressions inflationnistes. « Aucune de ces conditions n’est encore remplie », souligne JOSfinance. L’inflation accélère à nouveau, la croissance reste molle et la levée des droits de douane n’a pas suffi à calmer les prix.

Deux scénarios se dessinent. Le premier : la Banque du Canada poursuit sa logique récente, en s’appuyant davantage sur ses modèles internes que sur les données publiées par Statistique Canada. Ce biais méthodologique pourrait lui permettre de justifier une nouvelle baisse de taux malgré la remontée de l’IPC. Le second : elle décide de marquer une pause et de maintenir le taux directeur à 2,5 %, le temps d’observer l’évolution de l’emploi et de l’économie.

Dans l’histoire récente, rappelle l’analyste, les banques centrales ont toujours préféré « choisir l’inflation plutôt que la récession ». Une perte de pouvoir d’achat se fait sentir lentement ; une montée du chômage, brutalement. « On ne manifeste pas pour 5 % d’inflation, mais on descend dans la rue pour 10 % de chômage », dit-il avec une ironie amère.

Pour JOSfinance, la décision la plus probable sera donc un maintien des taux. « Je pense que la Banque du Canada se ferait corner beaucoup si, à la lumière des données actuelles, elle abaissait son taux directeur », estime-t-il. L’institution veut sans doute se garder une marge de manœuvre et éviter de donner l’impression qu’elle ne croit plus aux chiffres de Statistique Canada.

L’inflation, pourtant, demeure le nerf de la bataille. Et au cœur de cette tension, une question persiste : la Banque du Canada pilote-t-elle encore à vue ou a-t-elle choisi, discrètement, de redéfinir la réalité économique du pays ?


Sources — JOSfinance, L’inflation remonte | La fin des baisses de taux ?, YouTube, octobre 2025.

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